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Il en est ainsi de l'opération conduite voici trente ans par les légionnaires parachutistes sur Kolwezi. Aujourd'hui, 19 mai 2008, trentième anniversaire de cette opération, alors que le président Valéry Giscard d'Estaing va personnellement à Calvi en Corse pour rendre hommage au 2e régiment étranger de parachutistes et à ses légionnaires, il semble pertinent de se souvenir du triple pari que constitua à l'époque cette opération et qui explique sans doute son retentissement international, car le succès n'était pas garanti d'avance.
Kolwezi fut d'abord un fabuleux pari politique. Il faut se rappeler le contexte de 1978, celui de la guerre froide, où les États-Unis, sous la présidence de Jimmy Carter, sont en phase de repli sur eux, entre l'affaire du Watergate de 1974 et à la veille d'une autre affaire, celle des otages de l'ambassade de Téhéran en 1979 ; cette situation laisse le champ libre aux Soviétiques, qui, par puissance interposée en l'occurrence Cuba , vont déstabiliser l'Afrique par une stratégique indirecte, concrétisant ce qu'avait écrit Lénine quelques années auparavant : «Le chemin de l'Europe passe par l'Afrique !» Ainsi, l'Angola, l'une des premières cibles, peut-il servir de base de départ pour l'invasion du Shaba : une première fois en 1977, où la France était intervenue en fournissant des moyens logistiques au profit de l'armée zaïroise, qui repoussa l'offensive des Tigres, nom dont s'étaient affublés les rebelles du Front national de libération du Congo ; lors de la seconde invasion, en mai 1978, juste à la fin de la saison des pluies, ce qui rend les pistes carrossables et permet une attaque surprise de la ville. La France est donc bien seule sur l'échiquier mondial et africain. Elle l'est d'autant plus, qu'il n'y a encore jamais eu de telles interventions, mises à part quelques opérations limitées au Tchad et en Mauritanie. De surcroît, le Zaïre est un pays immense, qui représente plus de cinq fois la France ; aussi, mettre un pied dans la province du Shaba revient à mettre un pied dans un pays gigantesque, ce qui, même en cas de succès initial, risque d'impliquer la France dans une opération sans fin avec tous les problèmes d'enlisement afférents, comme le montrent d'ailleurs aujourd'hui les opérations qui y sont menées depuis plusieurs années.
Or la France va gagner ce premier pari, par une opération audacieuse, courte, intense et bien ciblée, qui permettra d'abord le sauvetage de plusieurs milliers de vies humaines et qui suscitera, en outre, une pleine adhésion de la communauté internationale.
Le saut sur Kolwezi a été et restera également un pari stratégique majeur. L'histoire des opérations aéroportées nous révèle que, si elles ont enregistré des succès éclatants, elles ont été aussi le tombeau de beaucoup de parachutistes : les paras allemands vainqueurs en 1940 au fort d'Eben-Emael et sur le canal Albert, se feront étriller quelque temps plus tard en Crête ; les parachutistes anglo-saxons libérateurs de la Normandie dans la nuit du 5 au 6 juin paieront un lourd tribut à Arnhem. Pour Kolwezi, les délais sont très contraints, car les interceptions radio font état de pillages et d'exécutions sommaires d'Européens et d'autochtones, ce qui impose une intervention, conduite dans l'urgence, sans planification et avec un largage au plus près de l'objectif. En outre, les moyens français sont limités : la projection depuis la France a été assurée par des avions civils réquisitionnés et parmi les six avions tactiques du largage, deux seulement sont français. Il n'est pas utile de revenir sur l'épiphénomène des parachutes américains ou sur les avions en panne au moment du décollage, si ce n'est pour rappeler la précarité des moyens. En fait, il s'agissait pour le régiment d'un vol sans retour possible ; une fois le largage décidé et effectué, les légionnaires ne pouvaient espérer ni soutien, ni appui feu, ni renfort à moins de deux ou trois jours.

Or le 2e REP va gagner ce pari stratégique par une opération militaire exemplaire, allié à une mission humanitaire remarquable ; en effet, en moins de 24 heures, les unités vont s'emparer rapidement de quelques points majeurs de la ville, sans chercher à contrôler le cœur de l'agglomération ou à établir une ligne de front, cela dans le double but de déstabiliser l'adversaire et de faire arrêter les massacres de ressortissants européens et de Zaïrois, tout en leur permettant de se regrouper auprès des points sécurisés ; dans les jours suivants, une fois la majorité des civils mis à l'abri ou évacués, le régiment devra sécuriser les faubourgs et les villages environnants, pour repousser l'ennemi sur ses bases de repli en Angola.
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